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Prospectives économiques et sociales du développement de la filière électrique


par Jean-Patrick Teyssaire, Louise de la Guéronnière
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Prospectives géopolitiques

De nombreuses initiatives sont à l’image des changements dont la société fait preuve. La raréfaction des énergies fossiles implique que les différents acteurs, aussi bien l’État, que les privés et les particuliers se préparent aux changements de paradigmes. Les partenariats plurilatéraux à conclure entre les pouvoirs publics, la société civile, la recherche et le secteur privé tiennent une place fondamentale dans les efforts qui seront déployés pour la production d’énergie. Par ailleurs, les divers niveaux institutionnels (sous-nationaux, nationaux, internationaux…) devront se préoccuper du débat sur la production de technologies à basse teneur en carbone. En effet, il devient primordial de coopérer entre pays consommateurs de pétrole afin de faire face aux perturbations de l’offre et dans l’optique d’une utilisation rationnelle des stocks de pétrole.

Le secteur des transports est particulièrement affecté par ces changements, et il devient indispensable que les constructeurs s’adaptent et participent aux évolutions de la mobilité. En effet, d’ici les 15 prochaines années, la part de marché des véhicules électriques devrait atteindre 16% des ventes mondiales [1]. « Déjà en Chine, à Shanghaï par exemple, les voitures sont attribuées au compte-goutte pour limiter les bouchons et contenir la pollution, et bientôt, seuls les véhicules électriques ou hybrides seront immatriculables », relève Bernd Pichler, directeur commercial de Volskwagen Chine. Les énergies fossiles représentent actuellement 81% de la production mondiale d’énergie et le secteur des transports en consomme plus du quart [2] . En continuant les investissements dédiés à des besoins passés, les entreprises ne pourront pas faire face à la production de demain.

© electriccarsite.com


D’autant que ces changements offrent l’opportunité aux entrepreneurs de développer de nouveaux produits et services, d’innover et de réinventer (véhicules électriques solaires, systèmes de transports collectifs, …). Avec cette accélération du progrès technique, il faut laisser le temps aux branches de rentabiliser leurs produits et procédés. Par ailleurs, 68% des dirigeants d’entreprises du secteur automobile pensent que le meilleur moyen de développer de nouvelles technologies réside dans le partenariat entre les entreprises (équipementiers, constructeurs, partenaires technologiques, designers, ingénieurs urbains, experts…) [3].

Le développement du parc de véhicules électriques conduira nécessairement à une demande en électricité plus importante. De gros investissements pour les infrastructures sont donc à prévoir pour satisfaire cette croissance prévue de la demande. D’ores et déjà, les technologies plus propres font l’objet de nombreuses recherches et la question d’un meilleur rendement énergétique est à l’étude.

Les conséquences économiques liées à la production d’énergie

Avec la nécessité de réduire les émissions de gaz à effet de serre, la raréfaction des ressources fossiles, la limite de nos productions et la recherche d’une autonomie énergétique, la question de la production d’énergie est plus que jamais d’actualité.

Même si le développement du parc de véhicules électrique n’évolue pas de façon proportionnelle avec la demande en électricité, il est certain que cette dernière va augmenter de façon significative. L’une des particularités de l’énergie électrique est qu’elle est difficilement stockable, rendant indispensable l’ajustement permanent entre l’offre et la demande. Ainsi, le véritable risque n’est pas celui d’une augmentation progressive de la consommation d’électricité, mais celui d’un pic de consommation imprévu. Il est donc primordial de prévoir autant que possible la demande afin d’anticiper les coûts.

Linky : le nouveau compteur intelligent

Linky : ce nouveau compteur intelligent permettra d’optimiser la consommation d’électricité en fonction de nos besoins.


Dans le scénario où les techniques de production ne seraient pas améliorées, et où le niveau de vie des habitants resterait le même, la consommation d’énergie mondiale va sur un trend d’augmentation de 100% en 2050. Les prospectives annoncent à cette date une augmentation de la demande de 110% pour le pétrole, de 72% pour le charbon, 87% pour le gaz naturel, 103% pour la biomasse et 90% pour les énergies renouvelables et le nucléaire [4].

Les pays dont l’économie est fortement basée sur les ressources énergétiques, tels que la Chine, l’Inde, le Sud-est asiatique et le Brésil, se verraient sévèrement affectés.

En ce sens, il devient nécessaire d’encourager la diversification des sources d’énergie et de production à l’échelle mondiale. Les innovations à prévoir s’orientent aujourd’hui vers une optimisation de l’efficience énergétique et vers la diversification des productions d’énergies.

Le développement des énergies propres

L’énergie propre constitue un marché qui ne cesse de se développer et représente une des solutions alternative de production énergétique. Les énergies propres ou énergies renouvelables constituent à elles seules un potentiel diversifié : énergies solaire, éolienne, hydro-électrique, thermique, géothermique, marémotrice, etc. Au delà de ces diverses sources de production, elles représentent également les technologies relatives au stockage et à la conversion d’énergie ; autant de domaines prometteurs encore peu connus et exploités.

Toutes ces options de production d’énergie pauvres en carbone ont encore beaucoup d’innovations à connaitre et un grand effort devra être porté sur le financement et la commercialisation de ces technologies novatrices. La part de la production d’énergie électrique d’origine renouvelable est en constante croissance et représente entre 20 et 25% des investissements mondiaux dans le secteur de l’énergie [5]. Selon trois grands organismes financiers (Price Water House Coopers, Thompson Venture Economics et National Venture Capital Association), les sociétés d’énergie renouvelable attirent de plus en plus de capitaux à risque, atteignant 181 millions de dollars en 2005, soit une augmentation de 132% par rapport à l’année précédente [6].

Energies renouvelables

Au Danemark, plus de 20 % de l’électricité consommée provient du vent, mais la Commission Climat danoise estime que la capacité totale, grâce principalement aux éoliennes en mer, pourrait atteindre 18 000 mégawatts, soit 6 fois plus qu’aujourd’hui. De quoi couvrir 60 à 80 % de la demande locale en électricité. Le Brésil, quant à lui, a réduit de deux tiers ses importations de pétrole en le substituant par l’éthanol issu de la canne à sucre. La Suède semble suivre le même chemin puisqu’elle prévoit de réduire sa dépendance au pétrole en misant sur l’éthanol issu de résidus forestiers d’ici 2020. Enfin, l’Union européenne a mis en place des mesures incitatrices pour l’utilisation d’énergies renouvelables. Ainsi, la Finlande, la Grèce et le Royaume-Uni mettent à disposition des habitants des avantages fiscaux et des subventions dans le but de les encourager, voire même de les obliger à produire ou à utiliser des énergies renouvelables.

L’énergie éolienne est maintenant présente un peu partout dans le monde, mais elle a commencé à se développer au Danemark et en Allemagne à la fin des années 1990. Actuellement, son développement concerne davantage l’Espagne, l’Italie, la France, le Royaume Uni et l’Inde. Au-delà de la rentabilité croissante de l’éolien, de nombreux progrès techniques voient le jour dans ce secteur, encourageant ainsi sa production.

L’énergie solaire s’est récemment développée au Japon, en Allemagne et en Espagne, et constitue un fort potentiel pour les pays en voie de développement. En effet, cette technologie se développe particulièrement au Bangladesh, au Sri Lanka, en Inde, au Maroc, au Kenya, en Afrique du Sud… L’un de ses atouts est qu’elle constitue la principale source d’énergie renouvelable pour la production distribuée (les particuliers renvoient leurs excédents d’électricité sur les réseaux). Par ailleurs, l’énergie solaire constitue un fort potentiel de développement des zones rurales et défavorisées, souvent défavorisées en termes de modernité, puisqu’elle ouvre des opportunités économiques en termes d’emplois sur ces territoires propices à son installation.

La principale limite actuelle du développement de l’énergie solaire et éolienne est leur coût de production. Cependant, la figure ci-dessous illustre la chute considérable de leurs prix aux Etats Unis au cours des dernières années.

Source : Energy in 2050, mars 2011, Global economics and climate change


Cette chute du coût de production des énergies renouvelables s’explique par les innovations qui ont été faites en la matière, identifiant des matériaux moins coûteux et une commercialisation de plus en plus généralisée. Cette figure reflète donc les perspectives économiques optimistes relatives aux coûts de production et donc d’utilisation des nouvelles énergies.

Investir dans les énergies renouvelables s’avère bénéfique pour l’économie d’un pays, comme l’illustre le Danemark, qui a procédé à de sérieux investissements depuis les années 1970 dans les énergies propres. La figure ci-dessous illustre bien que l’économie (GDP) a plus que doublé que la consommation d’énergie a légèrement augmenté :

Source : Energy in 2050, mars 2011, Global economics and climate change
(Note : GDP : Growth Domestic Product, niveau de vie dans un pays.)


Parallèlement, les émissions de CO2 ont été réduites de 30%. Ces changements ont été permis grâce à des incitations gouvernementales et à la promotion des énergies propres, à l’origine d’innovations dans ce domaine.

Le développement du nucléaire

Les préoccupations mondiales relatives aux émissions de gaz à effet de serre, à la hausse du prix des importations de combustibles fossiles, à la sécurité d’approvisionnement et à la hausse de la demande en énergie suscitent l’intérêt des différents pays pour le nucléaire. En effet, le nucléaire possède les nombreux avantages d’être économique, durable, sûr, peu dépendant du coût des matières premières et propre du point de vue des émissions de gaz à effet de serre. Il est certain que les innovations dans ce domaine, en raison des catastrophes que nous connaissons aujourd’hui, s’orienteront vers un système de production de plus en plus sûr, propre, économique et durable.

La prochaine génération de réacteurs nucléaires sera certainement capable de produire non seulement de l‘électricité, mais aussi de l’hydrogène, fortement convoité pour la production de chaleur dans les procédés industriels et dans le secteur des transports. Avec les innovations technologiques, on imagine que les centrales nucléaires pourront bruler leurs combustibles dans des cycles fermés, améliorant ainsi le potentiel énergétique extrait et diminuant la quantité de déchets.

Actuellement, le nucléaire représente 6% de l’énergie mondiale produite. On identifie d’ores et déjà de nombreux pays organisant des commandes groupées de réacteurs, illustrant l’essor du marché international qui se développe autour du nucléaire. Pour beaucoup de pays, l’énergie nucléaire est la solution pour améliorer la sécurité énergétique et économique.

Centrale nucléaire EDF Saint-Laurent (41)

Centrale nucléaire EDF de Saint-Laurent (41)


Bien sûr, le nucléaire possède également des inconvénients et les évènements récents au Japon sont au cœur d’une remise en question de la production nucléaire dans les approvisionnements énergétiques. En effet, les déchets nucléaires subsistent durant plus de 100 000 ans. Avec l’essor de la production nucléaire, les déchets seront plus nombreux et les zones de stockage s’agrandiront. Un grand effort devra donc être porté sur la diminution de production de ces déchets et leur recyclage.

Cependant, avec la croissance mondiale, la consommation d’énergie est telle que le nucléaire ne peut se voir substitué à moins d’accepter des coupures régulières de courant. Les énergies alternatives constituent une bonne source de complément à développer, mais ne constituent pas une solution à part entière. Les experts réunis par l’association NégaWatts estiment que le nucléaire représente 65% de la consommation électrique française… Au Japon, cette source d’énergie constitue 30% de la production et 25% en Allemagne.

Les centrales à gaz pourraient constituer une alternative au nucléaire, d’autant que les cours mondiaux actuels sont en baisse. Seulement, elles ne constituent pas une solution alternative de dépendance à une matière première épuisable et la question du gaz de schiste est encore houleuse.

Les récents évènements relatifs au nucléaire devraient aboutir à une coopération internationale visant à renforcer les normes de contrôle, à vérifier les différentes installations, améliorer la sécurité et obtenir une autorisation d’ordre internationale pour éviter l’implantation de nouvelles centrales dans des zones à risque.

La creation d’emplois

Le destin industriel et commercial de l’humanité est fait de destructions et de constructions. Le développement de la mobilité électrique et plus globalement le recours à des énergies plus propres provoque un bouleversement des modes de vie, des changements de paradigmes prometteurs, rendant les anciennes activités obsolètes et économiquement condamnées. Cependant, l’innovation est signe d’une nouvelle phase de prospérité, et se caractérise par la naissance de nouvelles activités, à l’origine de la création d’emplois.


Au vu de la révolution verte qui inonde le secteur de l’énergie, l’Organisation Internationale du Travail (OIT) envisage la création de plus de 20 millions d’emplois d’ici 2020, à l’échelle mondiale. Ces emplois devraient être relatifs au développement du secteur photovoltaique, de l’éolien, de la biomasse, des pompes à chaleur, du solaire et de la géothermie notamment.

En France, alors que 85 800 personnes travaillaient dans le secteur de l’énergie en 2006, l’ADEME (l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie) et le SER (Syndicat des énergies renouvelables) prévoient quelques 155 500 emplois en 2012 et plus de 275 000 en 2020 pour ce même secteur [7].


Avec l’innovation que connait le secteur énergétique, il va s’en dire que de nouveaux métiers émergeront d’autant que de nombreux corps de métiers sont déjà affectés. Les équipementiers tels que Siemens, Alstom ou encore Schneider Electric s’orientent par exemple vers des services en efficacité énergétique.

Plus spécifiquement à la mobilité électrique, le développement des véhicules hybrides et électriques promet la création de nombreux emplois relatifs à l’électronique et à l’électrotechnique. De nouvelles pratiques et compétences sont envisagées chez les constructeurs automobiles évoluant ainsi vers l’après vente, les infrastructures et services associés. Les formations relatives à ces nouveaux métiers se mettent en place laissant apparaître de belles perspectives d’emploi.


Rédacteurs : Louise de la Guéronnière et Jean-Patrick Teyssaire. © Planète Verte Mobilité pour Avere-France 2011


Notes

[1] www.oliverwyman.com

[2] Energy in 2050, mars 2011, Global economics and climate change.

[3] Marine RABREAU, 17 janvier 2011, Quand la politique des villes dessine l’automobile du futur, dans le Figaro Société, Enquête du cabinet d’audit KPMG.

[4] www.lemonde.fr

[5] www.america.gov

[6] Ibidem

[7] http://rh.sia-conseil.com





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